par Mélodie Mertz

Adeline Martiny est une jeune artiste Bruxelloise. Ce sont particulièrement ses derniers portraits qui ont donné envie à l’équipe de KULT de la mettre à l’honneur dans ce numéro. Rencontre avec la dessinatrice.

Ce qui saute aux yeux dans les portraits récents d’Adeline Martiny, c’est la dualité entre un trait noir, fin et précis, qui reproduit avec un réalisme rigoureux les détails les plus caractéristiques des visages choisis ; et, dans le même temps, des textures modernes, des explosions de couleurs et formes abstraites. Le résultat ? Des dessins au croisement du réalisme presque sévère et des ambiances libérées, aux accents urbains et parfois même oniriques.

LE GRAFFITI AU FEMININ

Lorsqu’elle dessine, ce contraste lui est naturel. Il vient d’elle. « Je suis quelqu’un d’à la fois très déstructuré et très carré ». Elle évoque également sa formation, elle aussi double. Elle attribue, d’abord, la précision de ses tracés à l’enseignement d’un prof , Monsieur Cambier, de l’IATA de Namur : « Il était très rigoureux, très dur. Il fallait par exemple pouvoir reproduire un squelette dans les moindres détails ». Pour l’aspect plus déconstruit de ses dessins, elle parle de l’École de recherche graphique de Bruxelles. « Là on t’apprend à développer l’art comme un objet qui t’appartient », plutôt que comme un instrument de reproduction de la réalité. Dans ses dessins, on devine également un rapprochement avec le graffiti. Et, en effet, l’artiste n’est pas surprise : « Quand j’ai commencé à dessiner, ma soeur avait beaucoup de magazines sur le graffiti et ça m’a influencée. Puis j’ai rencontré des graffeurs qui m’ont présenté le milieu, le coté risqué… et d’autres qui sont plutôt dans (l’esprit street art légal), où on te donne par exemple une semaine pour faire une façade ». Petit à petit, elle s’est éprise de ce monde. Mais sans en adopter tous les codes. Le graffiti est généralement très masculin.« C’est très dur pour une femme. Il y a une notion de risque dans le graffiti. Tu fais ça la nuit, tu cours, tu peux terminer en prison… Et à cause de ce risque, beaucoup pensent que le graffiti doit être quelque chose de dur, de violent ». Or Adeline exprime un regard doux, sensuel et identifié comme féminin dans ses dessins. L’équilibre n’est pas facile, mais lorsqu’il est atteint, le résultat surpasse la norme.

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UN COLLECTIF POUR DÉMYSTIFIER L’ART

Il y a deux ans, Adeline Martiny et sept de ses amis ont créé le collectif « Take this baby » qui organise des expositions de jeunes artistes dans des lieux inhabituels. Jusqu’à présent, il s’agissait principalement du « Wood » et du «Barrio» à Bruxelles (boite de nuit). Début 2015, une nouvelle édition est prévue, au Cinéma Galerie. Le lieu ne parait pas propice à une expo-party et, pour le collectif, c’est justement ce qui en fait l’endroit idéal : « C’est connu pour les soirées où tous les jeunes sont complètement drunk. C’est pas là qu’on imagine une expo.On s’est dit qu’on pouvait casser ça. Et ça marche. Le but c’est que les gens se disent  »ok, l’art ce n’est pas que les tableaux à un million d’euros dans des galeries ». Le message est-il politique ? « On a un message politique, mais à petite échelle : l’art est pour tous et on en a tous besoin, peut importe la classe social ou le niveau artistique, nous somme là pour faire briller l’art et le rendre accessible ».

Graffiti et douceur, réalisme et abstraction, traits contrôlés, et explosions de couleurs… le style d’Adeline Martiny est fait de combinaisons inattendues. Même la démarche du collectif qu’elle a fondé, amener l’art dans des lieux improbables, défie les convenances. C’est le travail de la contradiction harmonieuse qui donne de la force à ses dessins.